Les pays européens durcissent le ton face à l’expansion incontrôlée d’Airbnb

Airbnb ne cesse d’accroître son emprise sur le marché locatif européen au point d’être accusé d’envenimer la crise immobilière, de contribuer à la pénurie de logements et à la hausse des prix. Pour répondre à la grogne populaire, élus locaux et législateurs déploient des trésors d’inventivité.

Selon Eurostat, les plateformes de location en ligne ont observé un bond de plus de 20% de fréquentation entre 2022 et 2023. La France et Paris apparaissent en tête du classement. Une aubaine pour les propriétaires. D’après Oxfam, un studio en location courte durée à Paris générait en 2023 un loyer trois fois plus élevé qu’en longue durée. Pour les habitants, à l’inverse, il devient de plus en plus compliqué de trouver un logement décent et abordable. 

Dans cette crise, les plateformes sont pointées du doigt. En siphonnant l’offre de location, celles-ci sont accusées de participer à la pénurie de logements, à la hausse des loyers et l’éviction des populations défavorisées des centres villes. Airbnb défend, elle, que le recours à sa plateforme permet aux propriétaires de maintenir leur pouvoir d’achat et de contrer les effets de l’inflation. 

La riposte s’organise d’abord en local

Certains élus locaux se sont très tôt mobilisés. Barcelone, sans doute la plus offensive en la matière, a arrêté de délivrer de nouvelles licences pour les meublés touristiques depuis 2015. La maire socialiste a même annoncé leur interdiction d’ici à 2029.

En France, les initiatives locales se multiplient aussi. Nice a mis en place un dispositif de « location mixte » qui donne la priorité aux étudiants durant neuf mois de l’année et autorise la location touristique pendant l’été. Saint-Malo, particulièrement touchée, a imposé des quotas stricts par quartier. Si l’effet de bascule n’est pas encore spectaculaire, « les mesures ont au moins eu le mérite de dissuader de nouveaux investisseurs de s’aventurer à Saint-Malo », commente Véronique Deschamps, habitante malouine et fondatrice de l’association Saint-Malo, j’y vis…

L’échelon national en renfort des mobilisations locales

Cela fait dix ans que les communes notamment Paris tentent de politiser cette question et la mettre à l’agenda des instances nationales.”, commente Thomas Aguiléra, chercheur et maître de conférences à Sciences po. 

Fin 2024, la France a finalement adopté une loi visant à rééquilibrer l’offre locative. Parmi les mesures phares : la fin des niches fiscales Airbnb et l’égalisation des exigences en matière de performance énergétique. Ces mesures visent à réduire les effets d’aubaine induits par des traitements jusqu’ici différenciés. Si la neutralité fiscale est atteinte, elle n’est pas suffisante selon le député socialiste Iñaki Echaniz. “Il aurait fallu aller plus loin et proposer une fiscalité incitative en faveur de la location pérenne”, concède le co-rapporteur de la loi. 

Autre évolution : la loi permet désormais aux mairies de réduire à 90 jours (contre 120 avant) la durée maximale de location d’une résidence principale. Outre-Rhin, la législation a déjà quelques longueurs d’avance : la loi allemande interdit depuis 2016 la location de logements entiers sur Airbnb, seule la location de chambres chez l’habitant est autorisée. L’Italie, elle, s’est mis en tête de faire la chasse aux boîtes à clés. Les propriétaires auront désormais l’obligation d’accueillir leurs visiteurs en personne et de vérifier leur identité.

L’Europe à la traîne

Si les Etats semblent muscler leur discours, l’Union européenne reste timide. Le règlement européen adopté en avril dernier se contente d’harmoniser les règles d’utilisation des données collectées par les plateformes. Les efforts de la multinationale auraient-il payé ? Selon le site LobbyFacts, ses dépenses de lobbying à Bruxelles ont en effet bondi en dix ans passant de 75,000 euros en 2013-2015 à plus d’1,2 millions d’euros en 2024.

Les débats autour de la loi française ont montré les divergences d’intérêt selon les territoires. Si les zones tendues, principalement urbaines, s’opposent au locatif touristique, les territoires ruraux, plus dépendants du tourisme, restent sensibles à leurs charmes. Airbnb sait trouver les arguments. Entre 2022 et 2024, elle a investi 5,6 millions d’euros dans la Fondation du patrimoine pour des projets de rénovation en zone rurale. 

LÀPJOURNAL

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